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NDDL : Etranges provocations à l’est de la ZAD ce week-end

13 Mai

SHAR_6340_215_2D’étranges provocations ont tendu à nouveau la situation à l’est de la ZAD alors même que le devenir du projet d’aéroport apparaît chaque jour de plus en plus hypothétique.

Le 9 mai, une série d’événements curieux a eu lieu le long de la RD281 : déversement de déchets sur la route par un camion-benne, incendie d’une barricade, puis d’une cabane et d’une voiture, toujours sur le même axe. Ces incendies, qui ne manquent pas de rappeler ceux d’octobre 2013  sont attribués par certains à des « provocateurs policiers ». Ils pourraient aussi être l’oeuvre d’une délinquance locale en mal de divertissements. Ou d’habitants excédés par certains zadistes.

Le lendemain, le site du CLCA (lutteaeroportnddl) qui semble être celui des zadistes, mais qui ne l’est pas – et d’ailleurs n’a aucun lien avec les représentants officiels du mouvement anti-aéroport – a appelé à occuper la ferme de la Grée soi-disant vide à partir de 20h le samedi 10 mai. Cette ferme est située au sud de la ZAD, en limite de celle-ci, près de la Chébrerie et d’autres lieux occupés par les zadistes.

Cette ferme a été ouverte et une fête aurait été organisée dedans. Mais il y a un problème : elle est toujours habitée. Son propriétaire a refusé de vendre et était parti en vacances. Dominique Fresneau, au coeur e la lutte paysanne, nous précise d’ailleurs qu’en « dehors de la réoccupation de Saint-Jean du Tertre, il n’y a pas d’autres projets d’occupations de fermes pour le moment. Tous les autres appels sont l’oeuvre d’hurluberlus ». Il ajoute que le CLCA « a déjà appelé par le passé à occuper des fermes qui étaient habitées et dont les propriétaires avaient refusé de vendre au département et à Vinci ». Ce qui cause maintenant un véritable imbroglio autour de cette ferme en limite de la ZAD. L’action lancée par le CLCA – un petit groupe basé dans une ferme à Rezé, risque aussi de faire monter le ras-le-bol des habitants de Notre-Dame des Landes et de Vigneux contre les zadistes.

Sur le média de la gauche alternative et libertaire Indymedia, un habitant de la ZAD a commenté cet appel à l’occupation qui y était relayé en le condamnant : « appeler à l’occupation de la ferme et des terres d’un agriculteur qui refuse de collaborer avec AGO/VINCI relève plus de l’opération policière que d’un acte de résistance. » Fustigeant la « nullité stratégique et politique » du CLCA, il en précise la face cachée « relais massif de fausses rumeurs d’intervention policière, accusation infondées d’infiltrations, détournement de dons qui leur parviennent via leur site internet et dont personne ne voit jamais la couleur dans le mouvement (si ce n’est le versement de sommes liquides à quelques individus bien choisis), tentatives de sans cesse attiser les divisions dans le mouvement, ouverture bidon comme celle de la Grée. »

Bref, il conclut : « nous ne le répéterons jamais assez : le CLCA n’est ni une source fiable, ni un acteur de la lutte, c’est un micro-groupuscule de pseudos radicaux qui n’a même pas besoin d’être infiltré pour servir les intérêts de la préf et d’AGO, un pitoyable ramassis d’idiots utiles ». Et pourtant beaucoup s’y sont laissé prendre.

Inflation de la Fonction Publique Territoriale : la CCEG épinglée

28 Déc

ag-publicLa CCEG – ou communauté de communes d’Erdre et Gesvres – qui regroupe à peu près toutes les communes riveraines du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes – a été épinglée par la Chambre régionale des Comptes, relève le média indépendant Breizh Info, qui fait l’inventaire des remontrances adressées par l’institution aux communes du département.

Ainsi, relève la Chambre régionale des comptes, « les charges de personnel, qui absorbent 17,6 % des crédits de fonctionnement, soit 2,3 M€ en 2011, ont été multipliées par deux depuis 2006 ». Cette inflation est cependant due au transfert des charges des communes vers l’intercommunalité et à l’accroissement des compétences des services de la CCEG. Cependant, il est probable que l’on aurait pu éviter le « doublement des effectifs » qu’enregistre l’institution. Ces charges restent cela dit en-dessous de la moyenne nationale – tirée par les grandes villes – car elles ne s’établissent qu’à 43€/habitant contre 67 au plan national.

D’autres villes ou collectivités se voient reprocher des évolutions plus graves. Ainsi de Pornichet : recours quasi systématique à des recrutements externes pendant les premières années de l’actuelle mandature municipale, embauche de contractuels plutôt que de fonctionnaires, ou encore une gestion qui laisse la bride sur le cou aux dits fonctionnaires puisque les arrêts maladie ont cru d’un tiers sur la mandature et les arrêts pour accidents du travail ont quasiment quadruplé. Les communes de Guérande, de la Turballe et de La Baule, ainsi que l’intercommunalité Sud-Estuaire (Saint-Brévin) sont aussi citées.

Un autre recours contre l’aéroport rejeté : l’abus de pouvoir est toujours au pouvoir

22 Oct
L'ombre des CRS plane à nouveau sur la ZAD.

L’ombre des CRS plane à nouveau sur la ZAD.

Le 17 octobre, le Conseil d’Etat a rejeté le recours du Collectif des élus qui doutent de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (CéDPA) contre le projet d’aéroport, en balayant d’un tournemain l’ensemble des moyens légaux invoqués, qui auraient fait mouche s’il s’agissait d’un autre projet que ce transfert d’aéroport, lubie du Premier Ministre et Calvaire de son gouvernement.

Le Conseil d’Etat a rejeté et donc empêché la transmission au Conseil Constitutionnel d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) fondée sur la conformité des mécanismes de contrôle de la DUP à la déclaration des Droits de l’Homme. Selon l’instance, cette QPC n’est pas nouvelle et ne présente pas de « caractère sérieux » justifiant de sa transmission au Conseil Constitutionnel. Par ailleurs l’instance a aussi rejetté l’ensemble des moyens légaux de recours contre la DUP, notant par exemple, au sujet de l’évolution du prix du pétrole et de la sous-évaluation des enjeux environnementaux du projet « De tels éléments ne révèlent pas, par eux-mêmes, un changement des circonstances de fait de nature à priver le projet de son caractère d’utilité publique ».

L’opération d’expulsion sur la ZAD aurait lieu cet hiver

En donnant ainsi un blanc-seing à Vinci, le Conseil d’Etat s’essuie aussi les pieds sur les réserves formulées par la très sérieuse commission scientifique en avril, réserves auxquelles ni l’Etat, ni Vinci n’a répondu. En revanche, tout porte à croire que les autorités veulent accélerer le mouvement. L’arrêté de déplacement des espèces naturelles protégées devrait être pris début novembre, celui au titre de la Loi sur l’eau va suivre. Les notifications d’expulsion vont aussi bon train : le 15 octobre à la Gaîté et la Châtaigne, ainsi qu’à Bellevue en ce qui concerne la seconde série d’occupants. La ferme avait réussi pour l’heure à échapper aux expulsions par la mise en œuvre de toute une série d’artifices juridiques. Le 5 novembre, le juge des expropriations passera pour l’ensemble des terrains concernés par l’élargissement des routes (notamment sur la route de Notre-Dame des Landes à Grandchamp) et les jugements suivront le lendemain. Un jugement d’expulsion devrait être rendu pour la maison du Moulin de Rohanne  (carrefour de la Saulce) le 21 novembre.

Tout porte à croire que les expulsions auront lieu dès la fin de l’année. Pour des raisons liées à la reproduction des espèces naturelles, elles ne peuvent avoir lieu après février. Par ailleurs, si les travaux ne commencent pas au printemps, il faudra pour le pouvoir renégocier la concession qui pose comme date butoir la mise en service de l’aéroport au 1er janvier 2018 au plus tard ; cela impliquerait notamment de payer à Vinci près de 80 millions d’euros, une dépense impossible à contracter par ces temps de rigueur budgétaire. C’est donc entre novembre et la mars que la ZAD devra être la plus vigilante. Il est fort possible que le pouvoir lui souhaite l’anniversaire de l’opération César – l’invasion armée de l’année dernière – en remettant le couvert avec un mois de retard.

Qu’est-ce qui explique cette mansuétude du droit par rapport à l’aéroport ?

Les barricades refleuriront-elles sur la ZAD en cette fin d'année?

Les barricades refleuriront-elles sur la ZAD en cette fin d’année?

A Notre-Dame des Landes la mansuétud du droit s’accompagne de la mise délibérée de la justice au service de l’Etat, par exemple par des ordonnances entachées de nullité ou abusives, comme une très récente  qui interdit tout semis de céréales pendant trois mois sur la ZAD, y compris sur les terres non encore expropriées ou tenues par des baux ruraux. Tout cela donne une image déplorable de la justice française, digne sur ce sujet d’une république bananière, et oblige à s’interroger sur la viabilité de la séparation des pouvoirs en France.

Comme nous l’écrivions l’année dernière lorsque nous suivions en direct l’opération César, l’abus de pouvoir est au pouvoir en ce qui concerne le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. En effet, le principal promoteur du projet, c’est le Premier Ministre, qui est aussi le supérieur hiérarchique du ministre de la Justice, qui dirige les administrations – et le pouvoir judiciaire –  censés contrôler voire empêcher les débordements du pouvoir exécutif dans la mise en œuvre de l’aéroport.  Dans ces conditions, l’indépendance de la justice devient une chimère et cela met en évidence toutes les limites de la démocratie française, surtout par rapport à un territoire – la Bretagne – dont la population n’a jamais accepté de se faire abattre par l’Etat central, que ce soit en 1793, 1871, 1940 ou maintenant.

Force est de constater que, malgré (ou à cause de) toutes les sorties plus ou moins violentes du ministre de la Justice sur des sujets finalement secondaires, comme la qualification de la pensée véhiculée par le FN, l’attention est détournée des sujets vraiment importants. Notamment le fait que, depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir, la justice est complètement mise de côté par le bras armé de l’Etat. Finalement, les seuls résultats pour la lutte seront atteints sur le terrain, par la maîtrise de celui-ci, et non par le droit. Un tel constat est indigne d’un état de droit, indigne de la France, indigne de la Bretagne. Mais c’est la réalité de Notre-Dame des Landes en cette fin d’octobre 2013.

Addendum : BreizhJournal fête son premier anniversaire, ayant été lancé le 22 octobre 2012. Bonne lecture à tous et à bientôt sur nos lignes !

Dernière minute : la ferme de Bellevue est expulsable, selon une décision de la Cour d’Appel de Rennes qui a demandé la libération immédiate de la ferme, à peine de 50 € par jour d’astreinte.

Fronde citoyenne contre une carrière de trop à Quilly

6 Oct

La fronde s’organise contre un nouveau projet de carrière à Quilly, au centre de la Loire-Atlantique. Nouveau, il ne l’est pas tellement. Le demandeur, Guintoli, s’était vu refuser une autorisation d’exploiter à cet endroit en 1999, il récidive à la fin de l’été, ayant continué en douce les études préalables. L’étude économique justifiant la carrière fait… deux pages. C’est la plaquette de présentation par Vinci de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Et comme le projet d’aéroport, le dossier de Guintoli est tout au moins aussi bâclé. Ce qui provoque les foudres des riverains, déjà très proches de deux autres carrières, et qui n’en peuvent plus.

Pour l’heure, c’est un champ vaguement rectangulaire, orienté est-ouest, situé au beau milieu des landes à la limite des communes de Quilly et de Bouvron. En 1999, la SAS Guintoli, dont le CA atteint 388.326.600 € en 2012, et qui fait partie du groupe NGE dont le CA dépasse 1.3 milliards d’euros en 2012, dépose une demande d’ouverture de carrière de 12 hectares à cet endroit. Le champ se trouve juste au-dessus d’un affleurement de gneiss. Les riverains se mobilisent, la mairie de Quilly se prononce contre, la préfecture refuse en 2001 l’ouverture de la carrière – tandis qu’elle autorise en revanche l’extension de celle, déjà en cours d’exploitation, du Grand Betz, située à moins d’un kilomètre de là. En 2005, le refus de la préfecture est annulé à la barre des tribunaux pour vice de forme. L’histoire s’achève. Du moins c’est que ce que pensent les riverains.

Rock the bocage

C'est ici qu'est prévu le projet de carrière

C’est ici qu’est prévu le projet de carrière

Mais voici qu’à la fin de l’été 2012 s’ouvre sans crier gare une enquête publique pour une carrière de 12 hectares pour une durée de 15 ans, et l’installation d’une station de concassage-criblage mobile. Il y aura aussi sur place une centrale à béton et une centrale à bitume mobiles. L’exploitation se fera à ciel ouvert, et comme le précise le dossier, « les matériaux seront extraits à l’explosif et déblayés à l’aide de pelles mécaniques ». Les riverains devront donc s’attendre à des tirs de mine et au bruit des pelleteuses, sans oublier l’entêtant klaxon de recul des camions et autres engins. La production totale est estimée à 4 480 000 T ; le gisement a entre 15 et 25 mètres d’épaisseur. Les matériaux seront évacués par la RD3 (axe Plessé-Savenay) et la RD43 (axe Quilly-Malville) ; le croisement des deux axes se trouve entre les maisons du hameau des Quatre Chemins et ne permet guère, pour l’heure, le passage et le croisement des camions. On y reviendra. Entre 320.000 et 600.000 T par an pourraient être ainsi extraites à destination des chantiers de Loire-Atlantique et des départements voisins. Voici pour les données brutes du projet. L’enquête publique s’achève le 11 octobre, les registres sont en mairie de Quilly et le commissaire enquêteur y sera encore présent le 11 octobre de 13h30 à 16h30.

Combien de personnes concernées ? 350 ou des milliers ?

Les distances entre le projet de carrière et les hameaux alentour. Celles de Guintoli et les distances réelles (cliquez pour agrandir)

Les distances entre le projet de carrière et les hameaux alentour. Celles de Guintoli et les distances réelles (cliquez pour agrandir)

Sur le résumé non technique du projet, un tableau résume la « prise en compte de l’environnement ». C’est là que plusieurs paramètres clochent. D’abord, la population : « moins de 350 personnes à moins d’un kilomètre du projet. Maisons les plus proches à environ 70 m. » Ce n’est pas faux – à part que la ferme de Malabry, qui se trouve juste en face de la carrière sur la RD43, se trouve à 50 m et non 70 du projet, mais passons – cependant, le bruit n’impactera pas seulement les habitants à 1 km alentour. C’est d’ailleurs ce qui fait bondir les riverains qui s’opposent à cette « carrière de trop ».

Dans les parages, il existe déjà une carrière, celle du Grand Betz, qui est à peine à 500 m du projet de Beausoleil. Et on peut aussi entendre le bruit de fond de la carrière de Barel, située à 3.5 km. Les riverains dénoncent une concentration de carrières et une dispersion des acteurs. Dans un cercle de 25 km autour de Beausoleil, on trouve en effet neuf carrières de roche massive : Barel (Landais/Socalo), Campbon (Socac – Charier/Pigeon), Betz à Quilly (idem), Casson (Baglione), Petit-Mars (Eurovia-Vinci), Donges (Charier), Sainte-Anne de Campbon (Lafarge), Herbignac (Charier), Missillac (GSM). Pour toutes ces carrières, l’on autorise à extraire 7.8 millions de tonnes par an, mais seules 3.8 sont réellement extraites et vendues. Il y a donc clairement surproduction. Pour rappel, le refus de création de la carrière en 1999 était du à une « capacité de production de matériaux jugée suffisante localement pour répondre aux besoins du marché à cette époque ». C’est toujours le cas.

Le dossier indique que les vibrations causées par les tirs de mines ne porteraient de façon notable qu’à 170 mètres. Une estimation qui paraît bien faible, étant donné, disent les riverains, « qu’à la Sicotais, distante de 3 km de la carrière de Barel, la maison tremble lors des tirs de mines »; et ce sans compter le bruit, qui lui aussi porte plus loin que 170 mètres. En y ajoutant la foreuse et la centrale à béton, qui dépassent les 110 décibels à 20 mètres, il y aura un important bruit de fond. Il pourrait s’entendre à plusieurs kilomètres aux alentours, et, poussé par les vents dominants du sud-sud-ouest, concernera donc des hameaux situés sur la section de commune de Saint-Omer de Blain et sur le territoire communal de Bouvron, lieux-dits dont les habitants, rappelons-le, supportent déjà tant bien que mal le bruit des carrières de granulats de Barel et du Grand Betz dont le dossier de demande de Guintoli ne pipe mot.

Le dossier comporte un élément inquiétant : quid de la protection contre les projections de roche si le tir rate ? « Le tout venant sera abattu par des tirs de mines. Le risque d’un tir raté (avec projections) n’est pas négligeable. Les conséquences pourront être sérieuses (retombées de blocs jusqu’à plusieurs centaines de mètres, blessures ou mort d’un employé, dégâts sur les infrastructures et les habitations riveraines ». Quelques pages plus loin, on lit que ce risque a « une très faible probabilité d’occurrence ». Le hic, c’est que dans un cercle de 500 m autour de la carrière se trouvent plusieurs maisons de la Douettée, les hameaux de Grand Betz, de Malabry et des Quatre Chemins, une section de la départementale 3, axe qui supporte une circulation assez dense, notamment de camions, et la RD43 moins passante. Si l’on peut barrer les routes pendant les tirs de mine, que conseiller aux habitants ? Déménager ? Comment alors les dédommager de la perte de valeur de leurs biens ?

Quilly : mairie pauvre cherche moyens

Contexte géologique (cliquez pour agrandir)

L’affleurement de gneiss est en orange (cliquez pour agrandir)

Dans le dossier, au début de l’étude d’impact, l’on trouve une phrase qui pose question, sachant que le projet n’a toujours pas été voté ni soumis aux conseillers municipaux : « Depuis [1999] Guintoli a fait évoluer son projet, afin de pouvoir le représenter avec l’assentiment de la commune ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

Les évolutions sont listées juste en-dessous. Entre 1999 et 2011, la durée de la demande a été divisée par deux, de 30 à 15 ans, et celle d’exploitation est passée de 25 à 14 ans ; l’extraction elle-même a aussi été divisée par deux, de 3.200.000 à 1.792.000 T. Comme il est peu probable que les estimations de 1999 aient été fausses, il est fort possible qu’une fois la carrière installée, l’exploitant puisse bénéficier d’extensions. Il n’y a plus que deux fronts d’exploitation au lieu de trois et l’installation fixe de traitement qui devait être installée a disparu au profit d’une mobile.

Si on lit entre les lignes, on y voit des €. Une carrière, surtout qui dit employer « une dizaine de personnes » (il n’y aura pas de création d’emplois, seulement de la mobilité interne au sein de Guintoli ou de NGE), ce sont des taxes. Perçues par divers échelons du mille-feuille administratif français. La taxe sur les installations polluantes ou classées. La TIPP sur les carburants. La TVA. Mais encore la CFE, la cotisation foncière des entreprises perçue au profit des communes et des communautés de communes. Et c’est là que l’on arrive au nœud du problème. Il se trouve que Quilly (1280 habitants) est une commune pauvre au sein d’une communauté de communes plutôt riche, Loire et Sillon. Pas de nœud de communication routier et ferroviaire, comme la ville-centre, Savenay. Pas de grande zone industrielle bien placée, comme Malville, Prinquiau ou la Chapelle-Launay. Pas de marais et de potentiel touristique à valoriser, comme le font Bouée et Lavau fortifiées par l’entraide entre les deux bourgs. Pas de laiterie, comme à Campbon. A l’écart des grands axes, isolée dans son océan bocager, dénuée d’entreprises de quelque importance, Quilly est une commune peu riche – selon les standards du département – qui doit améliorer ses ressources. Ne serait-ce que pour ravaler son église et s’offrir des équipements publics permettant d’attirer de nouveaux habitants et de faire vivre le bourg.

Pour cela, il existe deux types d’expédients. Planter des éoliennes et laisser s’implanter des carrières. La commune étant dans le zonage favorable, un projet éolien est déjà en cours, aux limites entre Quilly et Guenrouët. A raison de plusieurs dizaines de milliers d’€ de CFE par an et par éolienne, c’est un bon placement même s’il ne produit pas beaucoup d’électricité et mite les paysages. Et donc, voici la carrière, qui rapporterait de l’argent à la communauté de communes tout en ne causant pas de nuisances à Savenay et aux communes les plus riches. Quilly, c’est loin. Officieusement, elle permettrait à la commune de faire meilleure figure alors que la communauté de communes va amplement financer le nouveau gymnase prévu dans le bourg. Seulement, les installations de traitement, pour le concassage et les centrales à béton et à bitume, sont mobiles, or, les revenus taxables sont moindres que si elles étaient fixes.

Quelques centaines d’habitants qui ne veulent pas payer pour tous

Panonceau mis en place par les riverains "Tirs de mines en projet" sur le pourtour du site

Panonceau mis en place par les riverains « Tirs de mines en projet » sur le pourtour du site

Les riverains sont amers : « on est quelques centaines de cons qui allons payer pour tous » mais refusent de se laisser abattre. Une pétition circule contre la carrière et a déjà recueilli plusieurs centaines de signatures. Beausoleil étant à la limite des communes de Bouvron et de Quilly, une trentaine de hameaux bouvronnais sont concernés, dont celui de Quéhillac – voisin du château du même nom classé Monument Historique – et un important groupement d’habitations autour de la Maugendrais sont les plus gros. Ce qui représente tout à coup près d’un millier de riverains potentiels, pas du tout emballés par le projet de carrière. La commune de Bouvron vient d’apporter son soutien à leur contestation, en votant contre le projet début septembre. Elle a aussi invité ses habitants à aller remplir le registre d’enquête en mairie de Quilly.

Les contestataires peuvent s’appuyer sur un facteur déterminant. La jeunesse. « Les hameaux autour de la Douettée ont vu leur population se renouveler de 60 à 75% en dix ans », précisent-ils. Les longères qui jadis tombaient en ruine, sous les ronces, ont presque toutes été rachetées, restaurées et pour certaines même étendues. Des jeunes sont venus des grandes villes ou d’ailleurs, chassés par la hausse des loyers ou attirés par les emplois de Loire-Atlantique. « Ce sont souvent des jeunes couples, avec des enfants, et qui n’ont guère envie de voir leur environnement calme bousculé par le bruit, les camions et la poussière, ce n’est pas possible pour des enfants, ça », explique une riveraine. Des activités ont germé sur place, des fermes reprises, tandis qu’un noyau dur d’anciens – ou de personnes nées sur place puis revenues au pays ensuite – continue à transmettre savoirs, mémoire et traditions.

Une justification économique hâtive et peu convaincante

La carte des "projets d'infrastructure" en Loire-Atlantique, selon la CCI. Carte bonne pour le musée.

La carte des « projets d’infrastructure » en Loire-Atlantique, selon la CCI. Sa place est au musée.

Autre facteur – assez impromptu – qui les aide : la liaison que Guintoli établit entre son projet et l’aéroport de Notre-Dame des Landes. L’étude économique de la carrière, c’est la plaquette de l’aéroport. Tout est dit comme si le projet n’avait plus aucun obstacle sur sa route, ce qui est loin d’être le cas, tant sur le plan du droit que sur le plan humain. Ce projet est à nouveau mentionné dans l’étude d’impact : « le projet structurant de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Localisé très proche [sic] de la carrière Guintoli, ce chantier très important démarrera en 2014 pour se prolonger sur plusieurs années. Il nécessitera d’énormes quantités de matériaux de tout venant mais aussi de matériaux de qualité pour les bétons et les enrobés ». Seulement, l’aéroport ne nécessitera « que » 1.740.000 T de granulats par an sur deux ans. Largement dans les capacités de production du département, puisque pour les seules carrières situées à 25 km autour de Beausoleil, rappelons que seules 3.8 des 7.8 millions de tonnes autorisées par an sont extraites et vendues. Et comme Vinci a l’habitude de faire travailler ses filiales en priorité, la carrière de Petit-Mars (groupe Eurovia) sera prioritaire pour fournir le chantier.

Le dossier de Guintoli comporte aussi une carte des projets d’infrastructures éditée par la CCI de Nantes-Saint-Nazaire. Il mentionne la ligne tram-train (dont le ballast est déjà posé, et n’a donc plus besoin de fournisseur) et l’extension vers Notre-Dame des Landes remise aux calendes grecques. Mais aussi la réouverture de la ligne Saint-Nazaire (Montoir) – Pontchâteau par la Brière, qui n’est même plus prévue, d’autant plus que les rails doivent franchir la 2×2 voies (RN171). Il y a encore la « liaison structurante » de Bouvron à Saint-Philbert de Grandlieu par Ancenis, qui elle aussi est en train de disparaître des tablettes, ne serait-ce qu’à cause de l’opposition très ferme des populations à ce « second périphérique nantais ». La carte datant un peu, l’extension du port de Saint-Nazaire à Donges-est est portée dessus. Le projet a été définitivement enterré en 2009  après des années de bataille juridique. Rien que cela en dit long sur le sérieux des justifications économiques du projet.

Un dossier mal ficelé pour un projet bâclé

Le croisement des 4 Chemins. Sur le schéma de Guintoli, sur carte et dans la réalité (cliquez pour agrandir)

Le croisement des 4 Chemins. Sur le schéma de Guintoli, sur carte et dans la réalité (cliquez pour agrandir)

Ce qui est plus inquiétant, ce sont les lacunes et les incertitudes qui planent dans le dossier, où certaines informations trahissent un sérieux manque de prise en compte de certains risques par Guintoli. Des informations sont aussi mensongères, des plans mal faits. « Tout est faussé de la part de Guintoli. Les tonnages, les distances, les plans ». Les informations sur les tonnages extraits et la consommation du département sont contradictoires. Les plans sont parfois inexacts. Ainsi, pour déterminer la distance entre les plus proches maisons et la carrière, les mesures ont été faites depuis le milieu des hameaux et non les maisons les plus proches de la carrière. Ce qui permet d’indiquer la Douettée à 600 m du projet, et non à 500 comme elle l’est. Sur le schéma figurant à la page 147 de l’étude d’impact, le croisement de la RD43 et de la RD3 est indiqué peu avant le hameau des Quatre Chemins. La carte et la réalité sont formelles : les deux axes se croisent au milieu des maisons, l’angle entre eux permet difficilement les manœuvres de camions.

Rien dans le dossier non plus sur la capacité de la RD43 de supporter une circulation dense de camions. Dommage : dès après Malabry, plusieurs tournants raides conjugués à l’étroitesse de la chaussée empêchent un tracteur et une voiture de se croiser sans que la dernière ne doive s’arrêter et mordre sur le fossé. Or, l’élargissement de la chaussée ne peut se faire sans mordre sur le périmètre classé MH du château de Quéhillac, puis sur le hameau de la Sicotais. Et rien n’est dit sur le risque – tout à fait prévisible – qu’un conducteur perde le contrôle de son véhicule dans le tournant de la Sicotais et débouche, pleine gomme, dans le village-rue de Quéhillac situé juste après.

L’avis de l’autorité environnementale, quoique positif, signale d’autres lacunes : « l’état initial ne mentionne que très indirectement la carrière existante sur le site immédiatement voisin du Petit Betz. Le dossier aurait du à minima comporter quelques éléments sur son fonctionnement (…) et le cumul des impacts ». Et ce d’autant plus que si l’exploitation était en veille, depuis l’officialisation du projet, elle a repris, avec son cortège de tirs de mines et autres norias de camions. Le hameau des Quatre Chemins sera littéralement pris en sandwich entre les deux carrières, si l’autorisation d’exploiter Beausoleil est accordée. Un peu plus loin dans l’avis, on peut lire « le chapitre consacré à la justification du choix du projet développe surtout l’intérêt du gisement dans une logique économique d’exploitation […] Les éléments relatifs à l’environnement sont très succincts. On ne trouve pas de descriptions d’alternatives qui auraient été examinées ou de justifications de choix techniques qui sont simplement présentés comme la norme ». En clair : le dossier est bâclé, et c’est officiellement reconnu.

Des mesures de bruit de l’environnement carabinées

Schéma d'exploitation envisagé (cliquez pour agrandir)

Schéma d’exploitation envisagé (cliquez pour agrandir)

Et pour ce qui est de bâclé, le meilleur est à venir avec les mesures de bruit sur place. Elles ont été réalisées par GeopPlus Environnement sur la matinée et le début d’après-midi du 19 novembre 2008, presque cinq ans, donc, avant le dépôt de la demande d’autorisation. Et là seulement, à raison d’une demi-heure par site choisi : aux quatre coins du champ où se trouverait la carrière, au croisement des Quatre Chemins, devant la maison de Beauséjour, à Villée et à Malabry (ce dernier site un peu décalé par rapport à la ferme, située au niveau du premier site de mesures). Les fiches portent la transcription de la bande sonore, avec un petit commentaire ajouté a posteriori pour expliquer les pics sonores. Curieusement, ce devait être la journée d’un meeting aérien. Militaire de préférence. Pas moins de six avions enregistrés : « avion à réaction » (9h37, Malabry), « avion » (9h52, idem), « avion » (chemin de Beauséjour, 11h05), « passage de deux avions à réaction » (11h43 et 11h55, Beauséjour), « avion » (13h39, Villée). L’on comprendra que le système mis en place permet d’écrire n’importe quoi pour justifier les mesures. En l’absence des bandes sonores – qui ne sont pas disponibles, si cependant elles ne sont pas effacées depuis longtemps – ces mesures et leurs « justifications » n’ont rien de sérieux.

En examinant de plus près les feuilles, d’autres faits indiquent qu’elles ont été bâclées, sinon faites exprès pour relever le volume de bruit de fond le plus élevé possible. Ainsi, des « discussions de riverains » à près de 75 décibels, sur le premier site de mesure, au coin sud-est de la carrière sur la RD43, devant la ferme de Malabry (9h08-9h12). Visiblement, ils ont du parler très près d’un micro ou il était très sensible. Sur le second site, un chemin creux à une centaine de mètres de Malabry, un bruit très aigu peu après 10 h (71 décibels) se détache d’une moyenne autour de 43 décibels, malgré le « passage de 7 voitures sur la RD43 » et reste sans explication ; en revanche, « l’avion à réaction » et « l’avion » enregistrés ne dépassent pas les 50 décibels ; c’est curieux. Au site suivant, en bordure de RD43, les 9 voitures enregistrées titillent les 85 décibels.  On retrouve des « discussions » de riverains pour le moins bruyantes – presque autant que les voitures, 75 et 80 décibels contre 83 décibels au plus pour les véhicules – à 10h30 et 10h40 sur le 7e site, le croisement routier des Quatre Chemins. Et le clou est pour le site n°8 (Villée). On trouve d’abord un « passage de tracteur » à 45 décibels (13h30), alors que deux autres avaient été mesurés à 90 décibels sur les sites n°3 et 7. Une « fermeture de porte d’habitation » vers 13h35 atteint les 60 décibels. Dispute ? Un « bruit d’assainissement » fait autant de bruit que « l’avion » qui serait passé juste après (13h39) et que la « camionnette la Poste » vers 13h48. Et enfin un vélo arrive à 50 décibels (13h49). Il devait être rouillé et grinçant, vraiment, ou doté d’un moteur d’avion.

Un professionnel du secteur, que nous joignons, nous fait ce commentaire sous couvert d’anonymat : « c’est du foutage de gueule intégral. Pour arriver à une estimation réelle du bruit de fond, il faut plusieurs mesures, sur plusieurs jours et des périodes plus allongées, et évidemment avec plus de sérieux. Mais tout cela coûte cher. Puis visiblement, le but était de relever le bruit de fond le plus haut possible ». Cependant, tout cela est parfaitement légal, si cela respecte les prescriptions de la norme NF S 31-010, consultable gratuitement dans les locaux de la délégation régionale d’AFNOR. Et si les opposants veulent contredire ces mesures, il faudra qu’ils viennent avec la contre-expertise en main. Résultat, les mesures relèvent un bruit moyen de 66.2 décibels dans les alentours. Conclusion digne des Shadoks « le bruit lié à l’activité de la carrière ne sera pas une source de gêne supplémentaire pour les riverains ». Pour Guintoli, cela justifie la mise en place de merlons de « protection acoustique » de…2 mètres. La hauteur d’un talus. Inutile de dire que ces merlons – quand bien même ils sont chiffrés à 900.000 €, soit la plus grosse part de l’investissement dans la carrière (979.500 €) – ne protégeront les riverains de rien. Même doublés d’une haie vive comme Guintoli le prévoit dans son dossier.

Informations absentes ou lacunaires, schémas et mesures bâclés, absence d’étude économique sérieuse, refus de prise en compte de la non-capacité de la RD43 à supporter le passage et le croisement des camions, ou encore des risques de bruits et de projections de matériaux. C’est peu dire que le dossier de demande d’ouverture de carrière au lieu-dit Beauséjour à Quilly inquiète. Dans ces conditions, l’autorisation d’ouverture d’une carrière là-bas – ou le vote favorable d’une mairie riveraine – reviendrait à donner un blanc-seing à la mise en danger volontaire des riverains et des usagers des routes RD3 et RD43. Ces cailloux dont abonde le département en valent-ils la peine ?

Succès pour l’opération Sème ta ZAD à Notre-Dame des Landes

5 Oct

aff1tc27.09.2013impr-5e8d7Depuis ce matin, près de 300 personnes sèment sans relâche céréales et arbres sur 24 hectares de terres en friche au coeur de la ZAD, aux Planchettes. Ces terres appartiennent à Vinci et sont situées sur l’emplacement prévu pour une piste de l’ex-futur aéroport nantais. L’opération est commune à la ZAD, au collectif d’organisations paysannes opposées au projet d’aéroport COPAIN et l’ADECA (Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport).

Les TGI de Nantes et de Saint-Nazaire ont délivré deux ordonnances interdisant à « quiconque de mettre en culture ou de procéder à quelque plantation que ce soit sur les parcelles situées dans la zone d’aménagement différée (Zad)« , ordonnances d’ailleurs très probablement illégales car toutes les parcelles de la ZAD n’appartiennent pas à Vinci (près de 300 hectares ne sont pas expropriés) et elles troublent donc le droit de tout propriétaire (ou de tout teneur de bail agricole) de jouir de sa propriété ou de son bail. Cependant, la force publique ne s’est pas risquée sur la ZAD.

L’agriculteur Cyril Bouligand, membre de la Confédération Paysanne et du collectif COPAIN44 indique que « l’on sème un mélange céralier :  triticale, épeautre, seigle et avoine » et que « près d’un kilomètre de haies ont été plantées ». Une parcelle fait en effet 19 hectares et a été recoupée en plusieurs plus petites. Pour l’heure, c’est la seule opération de ce genre à l’ordre du jour, mais divers chantiers ont lieu ailleurs sur la ZAD, notamment au Moulin de Rohanne (près de la Saulce) où la maison est en cours de rénovation. Pendant ce temps, des gendarmes mobiles se sont installés dans un hôtel de Treillières, et d’autres logent à Ancenis. Mais s’ils viennent à Notre-Dame des Landes pour s’attaquer aux champs remis en culture, les opposants à l’aéroport disent d’une même voix : « on les défendra ».

Notre-Dame des Landes pendant la deuxième guerre mondiale

1 Oct
Vestiges de l'avion allemand

Vestiges de l’avion allemand

La dernière fois, nous avions parlé du village de la Gérauderie, qui abrite un intéressant et originel ensemble historique composé d’une fermette de 1833 (datée), d’une ferme de 1776 (datée aussi) et d’une croix celtique de 1925. Dans le hameau se trouvent d’autres témoins d’une période historique plus agitée pour Notre-Dame des Landes et la Bretagne.

Sur une pile de bûches l’on peut voir quelques pièces de zinc tordues et mangées par la corrosion. Ce sont les derniers vestiges d’un avion allemand qui s’est écrasé dans un champ, au nord du hameau, non loin des maisons de Ker-Marie sur la route de Grandchamp à Notre-Dame des Landes. Dans la même cour, un autre vestige de l’aéronautique se fond dans le paysage : ce sont des grilles de clôture à mailles carrées. Elles avaient une toute autre destination.

Lorsque Notre-Dame des Landes a été libérée, elle est devenue la base arrière des troupes américaines qui tenaient le front de la Poche de Saint-Nazaire aux côtés de dizaines de milliers de FFI. Le front serpentait entre Fay de Bretagne et Bouvron, puis entre Fay et Malville. Une pièce d’artillerie avait été installée derrière la halle marchandises de la gare, là où se trouve l’actuelle déchetterie. Il y avait des troupes américaines dans un hangar – maintenant disparu – situé alors auprès de la poste, dans le bourg, mais aussi à Breilvin, un peu plus au nord. Les américains y avaient installé un camp de toile dans un verger, ainsi qu’un hôpital militaire.

Cette grille formait le revêtement de piste de l'aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Cette grille formait le revêtement de piste de l’aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Enfin, à la Rolandière sur l’actuelle RD81, presque sous les sapins qui abritent la Châtaigne, les américains avaient fait un petit aérodrome sur cinq hectares pour accueillir un avion servant aux reconnaissances préalables aux bombardements, sur la ligne de front de la Poche et le no man’s land. Les empochés qui savaient ces bombardements parfaitement inutiles sur le plan militaire et très destructeurs (*) appelaient cet avion (souvent un Piper) le « mouchard ». Un autre aérodrome du même genre avait été aménagé sur une prairie en pente devant la ferme du château de la Groulais à Blain. Comme le sol était – et est resté – très boueux, les américains ont déroulé des grilles en solide maille de fer carrée afin de faire une piste temporaire un tant soit peu plane. Après la guerre, ces grilles ont été récupérées et l’une d’elle sert de clôture à la Gérauderie. Le souvenir de l’aérodrome quant à lui s’est éteint, jusqu’à ce que le Conseil Général de Loire-Atlantique, fervent soutien du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, ne s’en serve pour tenter de justifier la « vocation » de Notre-Dame des Landes d’accueillir un aéroport soi-disant « inscrit dans l’Histoire », provoquant un certain émoi local.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d'artillerie US était à droite des voies.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d’artillerie US était à droite des voies.

(*) A titre d’aperçu rapide. D’août 1944 à mai 1945, 80.000 obus sont tombés sur la commune de Guenrouët, dont 35.000 sur le bourg. Le bourg de Bouvron a été pilonné, en novembre 1944 déjà plus rien n’y était habitable du Calvaire jusqu’à l’église. Les églises de Guenrouët, Notre-Dame de Grâce et Bouvron  (côté poche) ont été démolies par les bombes le clocher de Saint-Gildas décapité par une salve d’obus, celles de Rieux et de Saint-Omer de Blain dynamitées par les Allemands. Des hameaux complets ont été quasiment rasés (Fession en Saint-Omer de Blain) ou systématiquement pilonnés (la Cavelais, en Bouvron). Les vitraux de l’église de Guenrouët, relevée à l’identique après la gare, témoignent des quatre lieux de culte provisoires établis dans la campagne de Guenrouët pendant la guerre, pour suppléer à l’église, inutilisable depuis que le 7 décembre 1944, le clocher soit tombé en s’abattant sur les voûtes. Pour achever ce tableau hâtif, Plessé a payé un lourd tribut à la Poche : la chapelle Saint-Clair qui servait de poste d’observation et de tir a été abattue par des obus tirés depuis la Poche et le château de Carheil brûlé suite à un incendie déclenché par des tirs allemands.

Addendum 5/1/2013 : Un lecteur originaire de Notre-Dame des Landes nous fait remarquer qu’il y avait aussi une batterie de canons américains entre le Moulin de Rohanne et Saint-Antoine. C’est maintenant au beau milieu de la ZAD, au carrefour entre le Chemin de Suez et la RD81, sur le sommet du plateau. Ces canons tiraient jusqu’à Bouvron et Saint-Omer de Blain.

Article précédent : le hameau remarquable de la Gérauderie

Patrimoine de Notre-Dame des Landes : L’ancienne maison noble de la Forestrie

17 Sep
la cour

la cour

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes. Au nord du bourg, lorsqu’on s’écarte sur la route de Héric, à deux kilomètres à peine se trouve le village de la Lande. De là, une route s’écarte et va rejoindre le vieil hameau de la Forestrie. Celui-ci tient son nom de la forêt qui l’enserrait jadis, et dont il reste encore un bois assez important.

Un aveu rendu au roi – à l’occasion d’une succession ou d’une vente probablement – décrit la maison noble de la Forestrie, qui consistait alors « en un corps de logis composé de salle basse, cuisine, cellier, chambre et grenier au-dessus, écurie en bout en un tenant, une métairie au devant composée des logements du métayer et de ses bestiaux entre lesquels logis et métairie il y a une cour close, pourpris [ceint] de jardins, vignes et verger, le tout en un tenant, une avenue au bout, le tout grand domaine contenant 11 journaux », soit 5 hectares et demi. Le bois de haute futaie du Jaunais, « clos et fermé » dépendait aussi de cette maison noble qui se trouvait en Héric jusqu’à la création de la paroisse, puis de la commune de Notre-Dame des Landes.

La Roberdière

La Roberdière

Non loin de la Forestrie, mais plus près de la route d’Héric, se trouve la ferme de la Roberdière dont les formes générales – haut toit adouci par des coyaux au nord et au sud, murs épais, poutres, marque aussi une origine plus ancienne que la plupart des fermes de Notre-Dame des Landes, construites entre 1820 et les trente premières années du XXe siècle. Un Calvaire fait face à la ferme, et une croix érigée par la famille Jacques Guillard s’y trouvait déjà avant 1870.

La maison noble de la Forestrie – qui a l’apparence d’une longère – n’a guère changé. La partie ancienne a conservé ses poutres et niches boisées anciennes, ses pierres saillantes, ses murs de 80 cm d’épaisseur. Cependant, la maison a été étendue de part et d’autre. A l’ouest, trois pierres de tuffeau qui se succèdent les unes au dessus des autres sous le toit rappellent un ancien chaînage. Le logis a été étendu et par la suite, une porte d’écurie a été percée en-dessous, à cheval entre la partie ancienne et l’extension. A l’est, la maison a aussi été étendue de six mètres environ, puis un appentis ajouté du côté de la rue par la suite. Le mur pignon porte la date de 1934 tracée dans du mortier. Derrière, deux soues à cochon ont été bâties avec des pierres de granite et de tuffeau manifestement antérieures ; l’une d’elles porte plusieurs dates dont 1887 ; dans celle-ci, un linteau de granit rappelle l’emplacement d’une ancienne porte, donnant sur le nord du logis, et qui a été maçonnée. Devant, une lucarne du grenier a un chaînage fort ancien en calcaire tuffeau.

Une lucarne moulurée

Une lucarne moulurée

La métairie a été probablement agrandie de la même façon, et forme maintenant une très longue longère. L’ancienne « avenue », maintenant cour qui sépare les deux longères n’a pas toujours été une route d’accès bitumée. Jadis, l’on accédait au hameau par un chemin creux et humide qui passait plus au sud, le « chemin rochu » qui menait à Breilvin, village dont le plan formé d’alignements de longères le long d’un axe assez éloigné de la route trahit une certaine ancienneté. Les écoliers du hameau enlevaient leurs galoches pour passer les fondrières du chemin et tant le postier que le docteur ne venaient guère à la Forestrie, qui finit par être quasiment abandonné dans les années 1980. Alors, en dehors des fermiers qui viennent reprendre la ferme, dont le logis est l’ancienne maison noble, seule une grand-mère vit dans l’ancienne métairie, dans des conditions spartiates. Pas d’eau courante, pas d’électricité, sol en terre battue et eau au puits. Les fermes loin des routes étaient alors délaissées. Mais de ventes en retour à la terre, la Forestrie a connu une sorte de regain. L’avenue qui sépare les deux longères se finit en un large chemin qui lui-même s’achève dans un bois, où l’on voit la douve à demi-comblée, large de cent mètres et encore profonde de trois, qui protégeait le village sur son côté est. Le bois aurait servi de cache pendant la Révolution. A la façon des gendarmes mobiles d’aujourd’hui, les patauds, soldats révolutionnaires autrement appelés Bleus, n’osaient guère en effet s’aventurer dans ce pays fait de landes désertes, coupées de vallées boisées et de halliers. Ce pays qui leur semblait si hostile, il était et il est toujours si accueillant à l’âme rebelle des paysans bretons.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

 

Article précédent : la Fontaine de l’Epine ou du Champ Fou