Les partisans de la réunification et les opposants à l’aéroport protestent à l’occasion du forum des Droits de l’Homme à Nantes

22 mai
Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Comme chaque année, le forum des Droits de l’Homme à Nantes ne sera pas un long fleuve tranquille, puisque les partisans de la réunification bretonne ont pris l’habitude d’exprimer leur mécontentement dans et autour de la manifestation, et n’ont pas décidé de désarmer cette année. Par ailleurs, aux mécontents devraient se joindre les opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, Ayraultport notoirement dans les choux.

Ainsi, les partisans de la Bretagne plus unie et plus forte organisent deux rassemblements devant la cité des congrès de Nantes ce soir, mercredi 22 mai à 17h pour le début du Forum et le 24 mai à 18h pour la fin du Forum. Ils souhaitent protester contre la récupération de la manifestation nantaise par les Pays de Loire, que l’amputation de la Bretagne est « contraire aux Droits de l’Homme et à la démocratie », et enfin qu’en continuant de nier la diversité intérieure de la France, « l’Etat tue nos langues ». Le second rassemblement (le 24 mai) est consacré plus spécifiquement à la reconnaissance du Breton et appelle le gouvernement à ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires.

De leur côté, les opposants à l’aéroport font circuler un appel intitulé « contre l’aéroport et son monde vert… kaki » qui comme son nom l’indique veut s’opposer à la technocratie, au militarisme et à l’affairisme des classes dirigeantes capitalistes. Le rassemblement est prévu… à 17h le 22 mai devant l’arrêt de bus « Cité des Congrès ». Du monde il y aura ce soir ; mais les participants, de l’un comme de l’autre côté, ne seront pas dupes. Laissons le dernier mot aux opposants à l’aéroport : « Ce forum mondial des droits de l’homme est pour nous à peu près aussi crédible qu’un aéroport haute qualité environnementale.»

Documents :

 

Tract Bretagne Réunie pour le 22 mai

Appel au rassemblement du 24 mai (langues minoritaires)

Casino au fond de la ria à Pornic : Boënnec partouché-coulé ?

20 mai

#OpMagouilles S’il y a un sujet qui fait du reuz – du bruit – à Pornic, charmante station balnéaire de l’extrême-sud de la Bretagne blottie sous son petit château qui constituait jadis une pièce maîtresse de la défense bretonne, c’est bien l’aménagement de la ria, cette extrémité du canal de la Haute-Perche dont personne n’a vraiment jamais su que faire. Avant que n’apparaisse l’actuel projet municipal, qui ne préconise rien de moins que l’urbanisation complète de cette vallée inondable, le reculement de la gare et le déplacement du casino vers le fond de la ria.

Un projet crucial pour les municipales

Déménagement du casino (Partouche) qui fait l’objet de nombreuses critiques – les détracteurs soulignent que le casino cessera d’apporter des clients au centre-ville, ou encore que la mairie y perdra le loyer que le casino lui verse actuellement – et qui par contrecoup est devenu un enjeu électoral majeur pour le maire (UMP) Philippe Boënnec dont la stature a décliné et l’exécutif est peu à peu miné par l’usure du pouvoir. Le maire était jadis député du Pays de Retz et s’était illustré aux législatives en se faisant soutenir par le FN  pour espérer faire barrage aux socialistes. En Bretagne, ça ne se fait pas et c’est peu dire que les électeurs n’ont pas apprécié, bref, le maire de Pornic s’est fait éjecter fissa de sa circonscription au profit des socialistes, et ce sous les projecteurs des médias nationaux en plus, puisqu’il était l’un des rares députés UMP – le seul dans la moitié ouest de la France – à avoir rompu le « front républicain » pour se faire soutenir ouvertement par le FN.

Un PPP aux perspectives floues

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Vue de la ria depuis le port

L’urbanisation de la ria était à l’origine une idée émise par Gilbert Pollono, maire dans les années 1980, et qu’il n’avait pu mettre en œuvre faute de consensus dans la population sur la question. Malgré les critiques et un recours d’une association locale de protection du patrimoine contre la révision du plan local d’urbanisme mettant en œuvre le projet d’urbanisation de la ria, la mairie et la société d’équipement de Loire-Atlantique (SELA) font avancer le projet, découpé en six îlots. L’un d’eux sera occupé par un jardin botanique aux débouchés du canal – en cours de construction ; des permis ont déjà été accordés sur un autre îlot; nous y reviendrons bientôt. Un dernier (le n°5) est réservé au casino, qui devrait être un « Pasino » : un partenariat public-privé (PPP) entre les collectivités publiques et Partouche pour bâtir un casino « augmenté » d’un pôle de loisirs comme celui de Saint-Amand les Eaux. Au menu : résidence touristique et hôtel pour Pornic, ainsi que plusieurs commerces. Tout cela nécessite de gros investissements et finit par doubler voire tripler la masse salariale des établissements, des données non négligeables en temps de crise. Autour de la ria, la spéculation continue de plus belle, avec en première ligne le quartier du Chabut et la rue du Canal; nous en parlerons bientôt aussi.

Le casino nouveau pourrait être au fond de la ria, à gauche

Le casino nouveau pourrait être au fond de la ria, à gauche

Les soutiens du projet s’appuient sur les jeux en ligne, le parking payant à Pornic, l’interdiction de fumer dans les lieux publics et la baisse du pouvoir d’achat pour justifier la nécessité de faire le Pasino. L’opposition (PS-EELV-Front de Gauche) estime qu’un projet fondé sur des facteurs « invariables », déconnectés de l’emplacement du casino, n’est pas viable et l’allume à vue, contestant le prix des études (200.000 € votés cette année par la ville) et l’absence d’études de marché et de prospective. Une accusation qui comporte une bonne part de vérité : la ville s’engagerait quasiment à l’aveuglette avec un groupe – Partouche – en très forte difficulté financière. La holding du groupe a été placée en procédure de sauvegarde début 2013  et le groupe commence à tailler dans ses activités, abandonnant par exemple le poker en ligne. Pour calmer les inquiétudes, la mairie avance que le Pasino versera 1.337.000 € annuels dans les caisses de la ville, un montant semblable à l’actuel. Cependant la baisse constante et régulière du produit brut des jeux (base de la redevance) dans tous les casinos de France et les difficultés suscitées contribuent à tempérer cet engagement.

Black-out à la mairie, gêne au casino et pas de tuyaux sur le chantier

Sur le chantier, les ouvriers qui posent les réseaux et aménagent le jardin botanique, indifférents aux tensions politiques et aux manœuvres de couloir, se tordent de rire. Sur le terrain – on est en plein dedans, avec force ornières et tas de gravats – la situation est claire : « le casino ne se fera pas », nous explique-t-on unanimement et résolument. La faute à la crise, mais aussi à des autorisations qui n’auraient pas été obtenues. Un tuyau sur le terrain : leur absence, justement. Des ouvriers ont posé les réseaux sur l’ensemble de la ZAC – on les installe toujours au début, pour éviter de creuser des dizaines de fois, surtout dans un milieu naturel sensible. Or, de tuyaux sur l’îlot 5, celui du casino, il n’y en aurait aucun. Signe qu’au contraire des buses et autres câbles, le projet serait enterré.

Du côté de la mairie, c’est le black-out total et là aussi unanime, puisque ni l’édile ni son équipe ne souhaitent ni confirmer, ni infirmer l’information. Le groupe Partouche n’est pas plus transparent et renvoie à la mairie ; cependant entre les lignes un soulagement est perceptible : au vu de la situation financière, ce n’est vraiment pas le moment d’investir des millions d’€ dans un PPP aux retombées loin d’être assurées, même pour l’investisseur privé. D’habitude, pourtant, ce sont les investisseurs publics qui boivent le bouillon dans les PPP, dont l’hôpital d’Evry est le coûteux symbole tant le mécanisme des PPP peut être résumé par cette formule adaptée à l’origine aux privatisations en Russie ou aux plans de sauvetage des banques « nationalisons les pertes, privatisons les profits ». Des prisons au métro londonien, le PPP est devenu un synonyme de dérapage financier et d’escroquerie, tant et si bien que Bercy et le cabinet d’Ayrault essaient maintenant de limiter drastiquement les recours aux PPP pour les projets menés par l’Etat. Ainsi, tous les PPP ou presque – notamment plusieurs chantiers de prisons – ont sauté à l’arrivée d’Ayrault au pouvoir. Message transmis aux collectivités locales… et qui peine visiblement à être reçu à Pornic, citadelle UMP. Pasinormal, t’es un maire UMP, tu ne fais pas recours aux PPP, non mais allô quoi !

russian-rouletteDu côté du casino pornicais, en revanche, l’on se montre plus prolixe. « Il n’y a a aucun engagement », explique la directrice, qui affirme « qu’aucun fond spécifique au déménagement n’est dans le budget actuel du casino. C’est un projet, point ». Une information confirmée par un ténor de la société civile pornicaise – qui préfère rester discret – et qui nous explique les dessous du projet : « il n’y a quasiment aucun cadre juridique, sinon une lettre d’intention de chacune des parties, qui ne les lie pas si pour une raison ou une autre le projet ne vient pas à se faire. » Alors pourquoi tout ce tintouin pour une lettre d’intention ? « Parce qu’il en va du futur politique de M. le maire… il s’est tellement engagé pour le projet que s’il était retardé ou enterré, il serait évidemment mis en péril aux municipales ». La gauche s’y voit déjà, à l’Hôtel de Ville, tandis que la rumeur se fait insistante sur la possibilité d’une liste centriste de droite soutenue par l’UDI. En misant sur le déménagement du casino, Philippe Boënnec aurait-il joué à la roulette russe ? Réponse en 2014.

Polynésie : l’ONU sanctionne le déclin de la France

18 mai

Ce matin, la « grande presse » française bouillonne. L’ONU s’est permise de mettre la Polynésie dans la liste des territoires à décoloniser, la France a immédiatement réagi en dénonçant « l’ingérence » et l’irrespect du choix électoral des Polynésiens – en faveur de Flosse, opposé à l’auto-détermination. Mais au-delà de l’écume des réactions politiques et journalistiques – diffusées par l’agence de presse d’Etat, l’AFP – l’affaire polynésienne marque la fin d’une époque. Autopsie d’un déclin éclair.

La France traitée comme elle traite les faibles

superdupondLa décision de l’ONU renverse les tables. D’habitude, c’est la France qui, depuis le conseil de sécurité ou de son piédestal de « pays des droits de l’Homme », se permet des ingérences caractérisées, théorisant la guerre humanitaire pour s’immiscer sans ménagement dans les affaires serbes, libyennes ou maliennes, sans égard ni pour la volonté de ces peuples, ni pour les règles basiques du droit international. En revanche, elle est d’une extrême discrétion pour les ratés, sinon les dérapages des Etats-Unis ou des Anglais envers leurs propres minorités, et, depuis le déclin de son économie, envers ceux des pays du Golfe, de la Russie ou de la Chine. La politique qui domine est brutale : c’est celle du pur rapport de force, de puissant à faible, de seigneur à vassal, de libre à dominé. C’est pourquoi la décision de l’ONU est si douloureuse : la France se retrouve confrontée à ses manquements, bref, traitée comme une partie faible, comme un pays du tiers monde auquel on ne pardonnera plus aucun faux pas. Une « puissance de taille moyenne » forcée de se soumettre ou de se démettre face au gouvernement mondial.

Un cas exprime tout l’odieux de la relation de la France et des peuples qu’elle prétend aider, sous couvert d’humanitarisme, de francophonie ou de solidarité : le Mali (et plus largement les pays sous l’ombrelle française, ceux qui subissent les affres de la Françafrique). Dernièrement, le gouvernement qui a donné l’ordre d’une intervention à l’étranger tant coûteuse (près de 2 millions d’€ par jour) que sans grand intérêt tant pour la France que le Mali, est allé jusqu’à annoncer de son propre chef la date des prochaines élections générales dans le pays, se substituant aux organismes et instances maliennes théoriquement chargées de le faire. La France traite donc le Mali comme le 102e département français. Au mépris de la volonté du peuple malien – ou plutôt de ses diverses composantes – qui ne se sont pas « décolonisées » il y a un demi-siècle pour se retrouver dans cet état. Ce traitement se retrouve dans d’autres pays où des dirigeants corrompus, affairistes et dictateurs sont artificiellement maintenus par la France (Tchad, Sénégal…) ou défaits (Côte d’Ivoire) pour permettre à quelques grandes entreprises – c’est-à-dire aux proches des gouvernements français successifs) de piller des marchés captifs.

 

1963-2013 : La fin d’une époque

Bref, la décision de l’ONU n’apparaît pas comme une injustice, bien au contraire. Nous nous étonnons seulement de la mansuétude des institutions internationales jusqu’alors envers un pays en phase de déclin grave et accéléré, plongé dans une crise tous azimuts. La décision de l’ONU apparaît comme un coup de tonnerre. Elle n’est cependant qu’un retour à l’ordre des choses. Comme le rappelle dans le compte-rendu officiel  le représentant des Iles Salomon, « la Polynésie française avait été inscrite en 1946 sur la liste des Nations Unies, en même temps que la Nouvelle-Calédonie, mais en avait « curieusement » disparu en 1963, et ce, sans l’aval de l’Assemblée générale ». 1963, comme c’est curieux. Trois ans après le premier essai nucléaire française (13 février 1960), un an après l’indépendance de l’Algérie, et surtout au moment même où De Gaulle, débarrassé de ce qu’il appelait le « boulet algérien » qui l’obligeait à des sujétions et limitait ses marges de manœuvres, lance le cœur de sa politique d’indépendance nationale : refus de soumission à l’un ou l’autre des blocs, main tendue à l’URSS, force de dissuasion nucléaire indépendante, retrait progressif de l’OTAN, construction d’un bloc de pays obligés, tant par le lien de la langue que ceux de l’argent. 1963, c’est l’époque de la consolidation de la Françafrique et de la bombe nucléaire, deux atouts qui encore près d’un demi-siècle après constituent les deux raisons pour lesquelles les Etats-Unis ménagent la France, comme le révèle la fuite des télégrammes diplomatiques fin 2010. Quatre ans plus tard, les puissants pardonneront l’ingérence caractérisée de la France dans les affaires canadiennes, le « vive le Québec libre ! » lancé par de Gaulle, tout simplement parce que la France aura gagné sa place parmi les forts, ceux qui ont droit de fouler les autres et à qui tout est permis. Les seigneurs du monde.

Si en un demi-siècle les atouts majeurs de la France n’ont pas bougé, le monde a lui évolué, et la France qui stagnait a de fait reculé. La décision de l’ONU sanctionne surtout la rapidité du déclin : livrée depuis six ans à des gouvernements qui ont mis fin à l’indépendance nationale de la politique étrangère française et qui ont privé son armée des moyens d’agir, la France ne fait plus partie des puissants, ni par son économie, ni par son destin national, ni par ses forces. Sarkozy l’Américain a eu cinq ans pour ramener la France sous l’égide du commandement intégré de l’OTAN et purger l’armée tant du superflu que de l’indispensable. Alors que les avions et les chars français coûtent des milliards pour une efficacité toute relative, les drones – l’arme aéroportée du futur – viennent d’Israël ou des Etats-Unis et leurs technologies restent verrouillées par ces deux pays, leur donnant de fait la possibilité de garder des backdoors pour utiliser les données collectées à leurs fins personnelles; c’est par ce genre de pratiques que les forces israéliennes ont obtenu une très bonne cartographie d’une partie de la frontière iranienne par des engins vendus à un pays tiers. Alors que l’armée française est noyée dans la guerre des chefs et la bureaucratie, il n’est pas rare que les soldats doivent dépenser leur solde personnelle pour acheter dans les surplus militaires du quartier Montparnasse des vêtements ou de l’attirail adapté aux pays chauds et sableux où se passe la majorité des opérations extérieures (OpEx) de l’armée, les modèles de dotation étant notoirement insuffisants.

Chaque troisième balle tirée par un soldat français vient de l’emprunt, est achetée à crédit, gagée sur les richesses nationales; et avec les ratés (retentissants, mais restés assez discrets grâce à la réputée indépendance des médias français) du logiciel central Louvois, l’armée ne peut même pas payer en temps et en heure et convenablement ses soldats. Un tel pays ne peut, s’il n’a pas l’extraordinaire richesse d’un pays continent, être décemment parmi les puissants, sauf s’il a une politique réellement indépendante, et qu’il s’en donne les moyens. Le gouvernement socialiste, qui poursuit passivement les orientations mortifères engagées par Sarkozy, et qui, pressé par l’Europe, s’apprête à supprimer 30 régiments et à vendre notre unique porte-avions au Brésil ou au Qatar, n’est pas capable de cet esprit d’indépendance qui a donné cinquante ans de répit à la France dans la course mondiale, l’illusion de la grandeur. Pour les puissants de ce monde, ceux qui impulsent le prétendu « gouvernement mondial », c’est plié, la France n’est plus une puissance, et au contraire une gêne. L’activité désordonnée de ses gouvernements au sujet de la Syrie, son soutien aux rebelles islamistes, a retardé la cessation des hostilités et le déploiement de casques bleus de plusieurs mois : curieusement, cette donnée est connue partout dans le monde, sauf dans les médias français. Indépendance autiste, quant tu les tiens…

 

L’impérieuse nécessité du regain, ou la question Bretonne

Le représentant des Iles Salomon trace la direction dans laquelle avancera désormais l’ONU : la prochaine résolution concernera la Nouvelle-Calédonie, puis demain ce sera la Corse ou la Bretagne, le Pays Basque ou la Catalogne. Les Bretons auraient tort de s’en réjouir pour autant : certes, les pouvoirs français – auxquels on peut reprocher beaucoup de manquements aux droits de l’Homme  dont ils se prétendent héritiers – auront plus de pression, mais l’Histoire contemporaine montre qu’en pareilles circonstances, c’est toujours plus d’oppression abjecte que la République a fait peser sur ses minorités – perçues comme de dangereuses concurrentes – lorsqu’elle était sous pression de l’étranger.

Mais la récente délibération de l’ONU pose abruptement la question Bretonne : la province la plus attachée à la France – ce patchwork d’identités dont la richesse de la diversité intérieure a préexisté à la République et lui survit tant bien que mal – a-t-elle plus d’avantages que d’inconvénients à rester dans un pays en déclin, voire devenu faible ? Pour l’heure, écrasée d’impôts, elle se voit dénier le droit à avoir le droit français dès que la République lui impose un projet d’Etat – on l’a vu encore avec Notre-Dame des Landes  mais elle est sous la protection d’un pays qui était encore une puissance nucléaire, 2e ZEE mondiale, avec un rayonnement culturel et linguistique très fort, et faisant partie du cercle très fermé de pays auxquels on pardonnait toutes les insolences. Des possibilités que la France a mis des siècles à construire et dix ans de volonté gaullienne à réaliser; ce processus serait aussi très long, voire impossible pour une Bretagne qui aurait gagné son indépendance. Les citoyens Bretons étaient donc de fait plus avantagés – par exemple dans leurs affaires, comme Pinault et Bolloré – s’ils étaient français plutôt que seulement Bretons.

Le déclin net du poids de la France sur la scène internationale, l’érosion du français par rapport à l’anglais global ou aux autres langues véhiculaires – espagnol, arabe, russe ou chinois –, la dislocation de la Françafrique du fait de la concurrence acharnée des dollars du Qatar et de la Chine et l’incapacité grandissante de l’élite politique française, incapable d’initiative, d’adaptation et d’indépendance, mène à rien les avantages relatifs que les Bretons pouvaient tirer de leur attachement à la France. Que leur reste-t-il ? Les impôts et l’asservissement tant politique que culturel, social ou économique. C’est pourquoi le regain – au sens d’une reconquête de l’indépendance et de la stature de la France – est une impérieuse nécessité, tant pour la France elle-même que pour les Bretons eux aussi, et ce regain ne passera que par une révolte massive des citoyens contre l’élite politique et sociale qui les pousse à l’abîme. Ce cri du cœur s’appelle de nos jours le Printemps Français, auquel la Bretagne n’est pas indifférente. Nous en parlerons la fois prochaine.

La gare SNCF de Rezé Pont Rousseau est-elle saturée ?

17 mai

La gare SNCF de Pont-Rousseau est bien plus qu’un modeste arrêt de la banlieue nantaise comme le sont ses homologues de Chantenay, Saint-Sébastien ou même Vertou. Terminus de la ligne 2 du tramway et arrêt SNCF, elle permet à l’usager d’aller au cœur de Nantes, mais aussi jusqu’à Pornic et Saint-Gilles Croix de Vie. Ce modeste pôle multimodal – le train et le tram sont séparés d’une quinzaine de mètres environ serait-il sous-dimensionné pour le nombre de voyageurs qui passe ? C’est ce qu’affirme la FNAUT, au moyen d’un très éloquent reportage-photo.

Gare de Pont-Rousseau un soir d'affluence. Photo Nicolas Poinot (FNAUT)

Gare de Pont-Rousseau un soir d’affluence. Photo Nicolas Poinot (FNAUT)

Il est 17h34, ce mardi 2 avril 2013, le TER n°859 111 en direction de Saint-Gilles Croix de Vie arrive en gare à 17 h 34 pour un arrêt d’une minute. Normalement. Sauf qu’à l’arrivée du train, c’est près d’une centaine de voyageurs qui le guettent avidement alors qu’il franchit le passage à niveau des nouvelles cliniques nantaises. Alors quand le TER arrive, c’est la ruée. Entre les voyageurs nantais qui descendent pour prendre le tram 2 plus loin vers le sud et ceux qui montent vers la banlieue ou le Pays de Retz, l’arrêt prend deux minutes et le train part complètement blindé. Est-ce fini ? Non, puisque quand le TER n°859 209 en direction de Pornic arrive à 17h55, le quai est à nouveau empli de voyageurs, donc c’est à nouveau la ruée et le train part avec une minute de retard. Une scène qui d’après la FNAUT se répète chaque jour aux heures de pointe.

Plus embêtant encore : Rezé-Pont Rousseau est en Bretagne, et chacun sait qu’il pleut de temps à autre dans notre beau pays. Sauf que la gare n’est vraiment pas équipée pour. Il n’y a pas une seule aubette, et seule la petite salle d’attente de la gare, rapidement pleine, offre un quelconque abri. Résultat : les clients attendent leur train sous la pluie ou… sous l’abri du terminus du tram, tout proche. Comble de l’inadapté : il y a zéro panneau d’affichage sur les quais, il faut aller voir dans la salle d’attente. Ironie du sort : alors que Rezé Pont Rousseau se trouve près de 3 km de la gare de Nantes, la plus importante métropole de l’ouest de la France, cette gare est moins bien équipée que, mettons, la gare de Salbris située… au milieu de nulle part en Sologne. Et si la région Pays de Loire prévoit d’installer des panneaux d’affichage modernes sur les quais, les abris ce n’est pas pour maintenant. A force de confondre la Loire-Atlantique avec la Vendée, le sens des priorités se brouille.

Pont-Rousseau, où cœur de Nantes à 11 minutes en tram de la gare. Pôle multimodal modeste, mais efficace.

Pont-Rousseau, où le cœur de Nantes à 11 minutes en tram de la gare. Pôle multimodal modeste, mais efficace.

Du côté des usagers, rencontrés dans un train passablement chargé un soir d’affluence, c’est franchement la grogne. « Y en a marre », soupire Gilles, qui vit à Bouaye et travaille à Beauséjour. « On rentre dans le tram il est blindé, on change de tram il est surchargé, on arrive sur le quai c’est charrette et le TER est une boîte de sardines… épuisant ! ». Anne, de Sainte-Pazanne, renchérit « il faudrait plus de trains ! Parce qu’à l’heure de pointe, c’est l’affluence comme un vendredi soir sur le périph’ ». Maxime et Kevin, deux jeunes qui habitent les confins de la Bretagne et de la Vendée et qui descendent à Machecoul, tempèrent « les bus, c’est la même chose et c’est beaucoup plus lent ». Il n’est en effet pas rare pour le conseil général de devoir doubler, tripler voire quadrupler les liaisons, et faire circuler quatre bus sur une rotation, surtout quand les beaux jours arrivent et que la jeunesse des quartiers populaires nantais veut aller bronzer sur la côte méridionale de la Bretagne.

Le problème il est là : le tram et les bus – de la TAN ou LILA – vont bien moins vite que le train, quand bien même la ligne soit à voie unique. Rezé-Pont Rousseau est par ailleurs une gare qui attire, du fait même de son implantation dans la banlieue nantaise et près de la ligne 2, à 11 minutes chrono de Commerce. Alors que faire ?

La FNAUT préconise de supprimer la première classe dans les TER pour gagner de la place et d’augmenter le nombre de rotations, ainsi que la capacité de la ligne. Or, la ligne est à voie unique, avec des cantons assez importants de surcroît et relativement peu d’évitements – aux gares surtout. La doubler apparaît très couteux et difficile, d’autant plus que la présence de la branche qui s’écarte vers l’aéroport de Nantes-Atlantique – et qui, maintenant que l’ex-futur aéroport nantais de Notre-Dame des Landes est sérieusement dans les choux, au moins pour les deux prochaines années, pourrait redevenir très utile pour réconcilier cet aéroport et les transports en commun – oblige à une prise en compte très stricte des flux et des possibilités de la ligne. De plus, le tracé de la ligne traverse des zones humides, passe sur les bords du lac de Grandlieu et de marais attenants. Au menu avant tout coup de pioche : de longues études de biotopes et de masses d’eau, sous peine de se retrouver avec un véto scientifique et européen comme pour Notre-Dame des Landes. En période de crise, de récession même, c’est l’impasse.

Première urgence : l’état de la ligne, non l’affluence

Bifurcation des lignes de Pornic et Sainte-Pazanne le 22 mai 2010. A partir de là il faut tout renouveler.

Bifurcation des lignes de Pornic et Sainte-Pazanne le 22 mai 2010. A partir de là il faut tout renouveler.

Et les cheminots, qu’en pensent-ils ? Pour Léon (*) conducteur sur la ligne, l’affluence est un « problème périphérique », car il y a plus grave : l’état de la voie. « Oui c’est chargé », explique-t-il, « mais à certaines heures le train est aussi quasiment vide ; par ailleurs au vu du profil de la ligne, que l’arrêt dure 2 ou 3 minutes à Pont-Rousseau au lieu d’une n’a pas réellement d’importance, ce retard se rattrape aisément par la suite, on n’est pas sur le RER ». Et d’ajouter que « l’effet Pont-Rousseau, ça marche dans les deux sens ; en venant de Nantes, cette gare charge le train ; dans l’autre sens, elle contribue à le vider substantiellement car les gens se rabattent massivement sur le tramway. »  En revanche, l’état de la voie laisse à désirer. « Il y a des ralent[issements] sur la moitié du parcours, des endroits assez tape-cul, on voit bien que la voie est fatiguée, tant sur la branche de Pornic que celle de Saint-Gilles Croix de Vie. » Des observations que confirme André (*) qui travaille à l’Infra, la division de la SNCF chargée de rénover et d’entretenir les voies pour le compte de RFF. « Même aux abords immédiats de Nantes, c’est préoccupant. Pas au point évidemment de mettre en péril la sécurité des voyageurs, puisqu’il y a un suivi permanent. Régulièrement, il y a des agents qui embarquent avec les conducteurs pour observer l’état de la voie depuis la cabine, et noter scrupuleusement les endroits qui ont besoin de réparation ».

Il y a des réparations constantes, mais les lignes arrivent en bout de course et devront être fermées pendant huit mois entre septembre 2014 et avril 2015 pour être entièrement renouvelées  à partir de la bifurcation à Sainte-Pazanne (sections Sainte-Pazanne – Pornic et Sainte-Pazanne – St Gilles). Une « phase positive » mais tardive, saluée unanimement par les clients et les mairies sur la ligne, avec une dose d’inquiétude cependant : le tour de table des travaux n’est pas bouclé et les collectivités comptent sur une participation de l’Etat qui peut être remise en cause par l’aggravation nette de la situation budgétaire et économique en cette année 2013. Matthieu (*), autre conducteur de la ligne, conclut « il faut garder courage. Pour nous aussi, c’est dur et pénible. Cette ligne est très fatiguée, et ce n’est guère une situation sereine pour un conducteur de rouler à vitesse réduite avec un train plein de monde derrière lui. » On comprend dans cette situation que l’affluence en gare de Pont-Rousseau soit finalement une question secondaire, mais non sans importance : s’il n’y avait pas tant de monde, cette ligne ne bénéficierait pas de travaux.

(*) Pour des raisons de confidentialité, les noms des agents SNCF ont été changés.

Bâtiment du Conseil Général dans la cour du château d’Ancenis : pas fini et déjà fissuré

16 mai
Plan. Document de l'agence Prunet Architecture. En rouge le bâtiment du CG44.

Plan. Document de l’agence Prunet Architecture. En rouge le bâtiment du CG44.

#OpMagouille. Dans la polémique sur l’implantation – relativement peu esthétique il est vrai – du très cubique bâtiment du Conseil Général de Loire-Atlantique (CG44) auprès du château d’Ancenis, tous les arguments ont été passés en revue par les partisans du projet – le maire UMP d’Ancenis et le président PS du Conseil Général Philippe Grosvalet – ainsi que par les nombreux opposants, citoyens d’Ancenis et des communes environnantes ou amoureux du patrimoine. Mais ils avaient oublié la qualité de la construction : pas encore fini, ce bâtiment fissure déjà, et c’est loin d’être la fin.

Le bâtiment a été implanté de telle sorte qu’on se demande si le droit de la protection des monuments historiques existe encore en France et si une quelconque autorité administrative se charge de l’appliquer en Loire-Atlantique. Le bâtiment du Conseil Général, chargé d’accueillir une délégation territoriale de 200 fonctionnaires a été bombardée à cinq mètres du logis Renaissance du XVIe, sans aucun souci de s’accorder avec l’esthétique des bâtiments environnants. Mieux encore, lors des terrassements, un site archéologique paléochrétien ainsi que des pans de muraille des XIVe-XVe ont été détruits. Une action judiciaire est toujours en cours, portée par une courageuse association locale, l’A2PCA, qui avait recueilli en son temps près de 4000 signatures – soit la moitié des habitants d’Ancenis – contre la construction du bâtiment. L’association réclame la démolition des 1578 m² du bâtiment du CG44 (2.75 millions d’€ HT). Mais, au vu des aléas de la construction, le bâtiment pourrait bien s’effondrer tout seul… ou couter si cher aux contribuables de Loire-Atlantique qu’il sera préférable de l’abattre.

 

Une large fissure au bas du clapier

Voilà une partie de la fissure au bas du bâtiment du CG44

Voilà une partie de la fissure au bas du bâtiment du CG44

Vu de loin, le bâtiment est un cube qui s’harmonise très mal avec le château. Son toit plat dépasse du rempart, ses fenêtres plongent dans l’intimité des logements de l’autre côté des douves, son accès – une espèce de porte de garage – se trouve à deux mètres d’un portail très caractéristique du XIXe, au nord, et tant ses formes (parallépipédiques) que ses matériaux (béton, bardages de bois et d’acier) ne s’accordent pas avec les hauts toits à deux pans, le tuffeau et le schiste des constructions historiques du site du château. Bref, il détonne. Tant et si bien que si à l’origine, l’abattage de tous les arbres de la cour était prévu, mais il a fallu en garder quelques uns pour espèrera planquer le bâtiment afin qu’il ne défigure pas trop l’aspect du château depuis la Loire… c’est dire.

Alors BreizhJournal a pris son courage à deux mains et est allé visiter le bâtiment. Quelle est l’impression que donne le bâtiment vu de près ? Un clapier, ou un poulailler industriel, construit à bas coût et dans un espace serré. Curiosité : on entre par le milieu, un niveau étant à demi-enterré sous la cour. Appareillé de béton sombre, il est divisé par des cloisons très fines en petits bureaux séparés par un couloir assez large. Des bureaux-cellules où il ne faudra pas trop martyriser le clavier de son PC sous peine d’empêcher de travailler l’occupant du bureau voisin – des cages d’une dizaine de m² tout au plus. L’ascenseur et ce qui semble être une salle de réunion ou un bureau de chef sont repoussés le plus au nord. Dans le premier tiers du couloir, une fissure: profonde de plusieurs centimètres et large de 5 à 15 mm biffe le bâtiment. Pourtant, comme le château lui-même, le bâtiment neuf est établi directement sur le rocher. Mais celui-ci, visiblement, ne goûte pas l’architecture moderne – trop lourd, le bâtiment a entraîné le tassement d’une partie du sol, et le béton s’est cassé.

 

Malaise sur le chantier

Vue du premier niveau (RDC au niveau de la cour)

Vue du premier niveau (RDC au niveau de la cour)

Construit pour pas cher, qu’est-ce que cela veut dire ? Cloisons super-minces, bois très fin, escaliers dont les marches sont de simples planches flottantes posées sur deux limons latéraux en tôle d’acier fine, couloirs à peine larges pour un fauteuil roulant ou un bureau standard, et un maximum de bureau possible, sauf au second étage où la galerie vitrée et le long couloir auquel elle donne jour laissent un peu plus d’espace. Il faut croire que le bâtiment tiendra, jusqu’à quand ? Question qui taraude les ouvriers, il y a malaise sur le chantier.

L’un d’eux soupire « ce n’est pas normal ce qu’on nous fait faire, ce bâtiment qui jure avec le château, là. Un particulier il ne pourrait pas faire pareil, lui ». Exact. Juste à côté du château, il y a une maison dotée d’une baie triangulaire… le propriétaire a mis trois ans à avoir les autorisations nécessaires auprès de la DRAC, pour une seule fenêtre qui se trouve à vingt mètres des murailles du XVe et qui n’est pas visible de la cour du château ! L’architecte du bâtiment, Pascal Prunet, n’a pas eu de problèmes avec les autorisations. Peut-être parce qu’il est architecte en chef des monuments historiques (ACMH) depuis 1993, et fils de Pierre Prunet qui fut aussi ACMH.

Un bureau

Un bureau

Qu’en est-il du bâtiment ? « Le château qu’ils restaurent enfin est parti pour faire un siècle de plus, mais sûrement pas ce bâtiment, il fissure dur, et même si les fissures seront bouchées avec du coulis spécial, ça va continuer », renchérit un autre ouvrier. Pourquoi ? « Le bâtiment est compliqué, il y a une structure en béton armé et de l’ossature bois. Résultat les bois vrillent – puisque personne ne prend plus le temps de laisser sécher les bois plusieurs années avant de les mettre en œuvre, de nos jours – et le béton se tasse ». Bref, le bâtiment devait être fini en avril, mais prend du retard « la réception sera fin mai, mais on n’aura pas fini avant la fin du mois de juin », expliquent les ouvriers qui en sont aux finitions, isolation, placo et éclairages.

En plus des fissures et des tassements tant du bois que du béton – qui obligent à se demander si vraiment, le sol était adapté pour accueillir un bâtiment si imposant – l’on constate de ci de là des bulles dans les couches de béton, et des débuts de fissures qui corroborent les inquiétudes des ouvriers. Plus inquiétant encore : au droit du nouveau bâtiment, dans le logis Renaissance, un mur de refends du XVIe siècle s’est détaché du mur nord de 5 à 7 cm et commence à pencher vers le sud… est-ce lié à la nouvelle construction et aux vibrations engendrées par les terrassements et le coulage du béton ? Aux spécialistes d’y répondre.

Découvrir le bâtiment du Conseil Général dans la cour du château d’Ancenis

 

Un architecte, deux visions contradictoires de l’architecture

Exemple d'un mariage hâtif entre le bâtiment neuf et la muraille du XVe siècle

Exemple d’un mariage hâtif entre le bâtiment neuf et la muraille du XVe siècle

Lorsqu’on parcourt le book de l’architecte  où sont listées ses réalisations passées, on ne manque pas d’être frappé par le contraste marquant entre des rénovations de monuments très respectueuses de l’historicité et des projets où une modernité arrogante et cubique fait irruption au milieu des formes de l’Histoire. Il est assez dur d’imaginer, en voyant le bâtiment d’Ancenis, qu’il s’agit du même architecte qui se battait pour défendre chaque feston, chaque soupirail du château des Ducs de Bretagne des agressions de la modernité. Le même architecte qui a œuvré magnifiquement sur la flèche de Luçon et le château de Noirmoutier mais qui s’est aussi fait sérieusement tailler les oreilles en pointe par le député-maire de Provins et l’architecte local des Monuments Historiques  pour un bâtiment qui dépassait des remparts de la cité classée UNESCO bien plus que ne le prévoyait le permis de construire. Le pire et le meilleur juxtaposés. A côté des vieilles pierres de Guérande, dont une partie des remparts a été rénovée et rendue accessible au public par cet architecte, l’extension en cube et en verre de la bibliothèque d’Argentan, accolée avec peu d’égards au bâtiment en pierre existant, le tout sous une chapelle du XIXe.

Halte au gâchis !

Vue du troisième niveau

Vue du troisième niveau

Alors, certes l’Etat n’a plus d’argent et les ACMH doivent se plier aux vœux des élus des collectivités locales, qui ont encore des fonds (publics) qu’elles dépensent à tire-larigot ; certes les élus veulent du moderne, et se pâment quand on leur agite le hochet du HQE (haute qualité environnementale) ou encore des « bâtiments à énergie positive » ou BEPOS qui produisent plus d’énergie qu’ils en consomment ; mais le bâtiment d’Ancenis n’est rien de tout ça. C’est un poulailler où l’on entasse deux cent fonctionnaires qui auparavant travaillaient à Nantes (économie = zéro) sous un habillage moderne en béton, verre et bardage de bois. Certes, l’architecture doit se montrer fonctionnelle et utile. Mais alors même que des bureaux sont toujours vides à Ancenis sur la zone de l’aéropôle, près de Manitou et Gastronome, alors même que la place ne manque pas autour de la ville pour construire des bureaux dans un style actuel, parfois l’architecture moderne doit aussi savoir s’effacer devant la grandeur de l’Histoire, surtout si ses bâtiments sont fissurés avant même d’être finis.

Force est de constater pour ce bâtiment que le bon sens de nos élus est en péril. Il reste encore une issue : la justice doit examiner le recours sur le fond de l’AP2CA contre le permis de construire. Elle a donc une occasion historique de faire cesser la gabegie et d’empêcher que les contribuables de Loire-Atlantique ne paient deux fois : une fois pour le saccage de leur patrimoine et d’un monument clé de leur histoire Bretonne, et une seconde fois pour maintenir à grands travaux coûteux ce bâtiment en état. Pourvu que la justice donne rendez-vous au bon sens. Ancenis en a grand besoin.

La langue assassinée, documentaire en préparation sur le déclin de la transmission familiale du Breton

15 mai

sans-titreElle s’appelle Alyson Cléret, elle a 24 ans, elle est originaire de Melrand, dans la campagne morbihannaise entre Pontivy et Baud, et fait des études de réalisation cinématographique à Paris. Après avoir déjà réalisé un court-métrage  inspiré par le poème Va’chêriadenn d’Anjela Duval, elle se lance dans la réalisation d’un moyen-métrage sur la transmission du Breton dans le cercle familial. Il se nommera La langue assassinée.

A travers sa propre histoire familiale, elle pose la question de la diversité des rapports avec le Breton. Quel rapport ces Bretons d’âges et de générations divers entretiennent-ils avec elle et leur culture, leur histoire, leur quotidien ? Le fil conducteur du projet, marquée par des travellings et une voix off, fera office de liaison entre eux. Sur trois générations, Alyson dresse l’histoire du déclin de la transmission du Breton, fil conducteur non seulement d’un territoire mais aussi d’une culture et d’une identité spécifiques. Grands-parents brittophones, mais qui n’ont pas transmis le Breton à leurs enfants, parents qui ne le parlent plus et qui s’y sont parfois remis sur le tard, enfants de la génération de la Découverte ou de l’ignorance  à l’heure du choix. Devant l’obligation d’aborder un sujet qui ne l’a pas beaucoup été à cause de la mauvaise conscience des familles et de la République.

Un déclin qui n’est pas anodin, mais traduit le succès d’une certaine politique de la République envers le Breton et les Bretons, une revanche sur l’humiliation infligée à la République par le peuple Breton en armes – de la chouannerie aux très actuels conflits de Plogoff ou de Notre-Dame des Landes, en passant par l’attachement à l’identité culturelle, à la religion ou au vote « réactionnaire », puisque encore au XIXe et jusqu’à la moitié du XXe bien des campagnes de Bretagne votaient blanc – royaliste, surtout pour ne pas donner blanc-seing à la République, héritière des colonnes infernales et des panneaux « Interdit de parler Breton et de cracher par terre ».

02 AnastasieEmile Combes, petit père de la laïcité disait que « Les Bretons ne seront républicains que lorsqu’ils parleront le français. L’église les maintient dans la « sujétion» grâce au breton, inadéquat pour exprimer les idées nouvelles (…) dont la langue française est l’admirable messagère. ». Les Bretons, qui ont défendu avec succès leur école « libre », déliée au moins en partie du poids de l’Etat, parlent maintenant le français, mais sont-ils soumis à la République pour autant ? L’exemple de la Loire-Atlantique, département de combat où le peuple a, contre ses élus et le pouvoir de Paris, enterré durant ces quatre dernières décennies deux projets de centrales nucléaires  et un projet d’aéroport, tend à démontrer le contraire. Même sans le fil conducteur de la langue, l’inconscient collectif des cinq départements porte bien moins à la résignation qu’ailleurs.

Pour Alyson, c’est urgent de s’impliquer pour le Breton. Il y avait en 2007 207.000 locuteurs de Breton, dont 5.000 ont moins de 18 ans, la relève n’est pas assurée. Elle est néo-brittophone, « j’ai repris les cours à Paris, j’ai de la chance, mon université propose des cours de Breton ». Son père s’y est remis sur le tard, il y a deux ans et demi. S’impliquer, pour la jeune fille, c’est aussi se battre pour la réunification : « historiquement, c’est de la pure logique, politiquement la Bretagne sera plus forte, économiquement c’est un avantage évident ». Elle tournera une partie de son documentaire à Melrand où est son berceau familial, et à Nantes, « ville exclue de la Bretagne alors qu’elle en a été la capitale, ville où toute une politique menée par la France se concrétise ».

Pour financer le tournage de son film – déplacements, montage etc. – elle a fait un appel aux internautes, ce que l’on appelle aussi du crowdfunding. Pourquoi passer par Internet ? « Pour toucher un maximum de personnes, voir les réactions, les attentes des gens ». « J’espère avoir d’autres témoignages, l’histoire de ma famille, c’est aussi celle de milliers de Bretons ». La jeune fille espère réunir 1.500 €, le « strict nécessaire pour faire le film » ; elle en a déjà collecté 475, soit un tiers de la somme. Pour la diffusion, elle compte sur les festivals pour se faire connaître. Son premier court-métrage achevé fin 2012 est déjà passé au festival des films Court en Betton la semaine dernière, ainsi qu’au festival des très courts à Saint-Pol de Léon et devrait être projeté lors d’un festival à Paris le 24 mai.

Alyson revendique au quotidien un rapport engagé pour la Bretagne : « je suis Bretonne à Paris, au quotidien, j’essaie de remettre les choses en place, me battre contre les clichés, expliquer par exemple que le Breton, c’est une langue, pas un patois, qu’il y a une Histoire, une identité derrière ». Pourquoi ? « La Bretagne, ça a tellement été bafoué que j’ai envie que la Bretagne retrouve sa fierté, que les Bretons n’aient plus honte de leur histoire ». Depuis les dernières décennies, la Bretagne connaît un renouveau culturel et économique important, « une lancée qui doit être continuée : il y a beaucoup de gens qui se bougent, qui proposent des pactes [BreizhImpacte], des initiatives économiques importantes, mais les gens du commun ne se bougent pas assez ». C’est pourquoi espère que son film pourra libérer leur conscience de la Bretagne, porter les Bretons du quotidien – éloignés de l’engagement politique – de l’ignorance à une découverte salutaire pour eux-mêmes et la Bretagne.

Contribuer à la collecte pour la réalisation du film

Le Cannabis Social Club Naoned lutte pour la légalisation du cannabis

14 mai

Rastaman stampNantes n’échappe pas à la vague française pour la légalisation de la ganja, avec la création d’un cannabis social club, qui, ô surprise, fait référence à l’identité bretonne de Nantes. Les statuts de cette association visant à « permettre à ses adhérents de se procurer leur consommation personnelle de chanvre sans avoir recours aux réseaux de trafic de stupéfiants » ont été reconnus au journal officiel début avril 2013. En clair, le cannabis social club permet à ses adhérents de cultiver leur cannabis en commun pour leur consommation personnelle. Plusieurs actions ont été engagées contre des cannabis social club : au niveau de l’association nationale à Tours (jugement le 20 juin) et des CSC de la Roche-sur-Yon et de Guéret, dont le sort sera fixé par des jugements le 18 et le 25 juin. Nous avons interviewé le Cannabis social club Nantais, collectif qui a accepté de répondre à nos questions.

 

Breizhjournal : Pourquoi la création d’un CSC à Nantes?

Cannabis Social Club Naoned : Nous avons eu le désir initial de créer un CSC à Nantes car c’est notre point de localité géographique. C’est le président qui est à l’origine du CSC. Il est hyperactif avec des troubles du sommeil et ne souhaitait pas prendre les médicaments prescrits en France à base d’amphétamine (Ritaline). Il a obtenu des résultats pour pallier son trouble avec l’usage du cannabis cannabis-med.org en adaptant un traitement inspiré d’études cliniques européennes. Pour être sur de la responsabilité en tant que consommateur, il a entrepris une démarche spontanée d’un suivi avec un addictologue et un psychologue pour encadrer son trouble TDAH et sa consommation de Cannabis. Devant le constat incongru que son trouble n’est plus reconnu par la médecine car il est majeur et utilise un traitement illégal sur le territoire français, il a décidé de sortir de l’illégalité en se constituant avec un amis en association CSC comme le permet l’association ENCOD qui rayonne sur plusieurs pays européens. Le soutien des amis du CSCF engagés dans le combat de Dominique Broc, ont été décisifs dans la recherche d’éléments juridiques, de constitution et d’accompagnement au sein de l’UE.

 

Breizhjournal : Estimez-vous que la consommation de cannabis doit être dépénalisée en France et si oui, pourquoi?

CSC Naoned : Nous pensons que la loi du 31 décembre 1970  doit être modifiée, adaptée pour la plante médicinale qu’est le Cannabis. Nous pouvons constater que le produit est présent sur le territoire Français sans contrôle ni de la part du ministère de la santé, ni de la part du ministère de l’Intérieur. La preuve en est que nous sommes le pays le plus gros consommateur d’Europe avec la répression la plus forte envers le Cannabis.

La politique de lutte antidrogue mené par les différents gouvernements depuis 1970 et un véritable échec économique, sanitaire et social. Echec économique pour le contribuable dont l’argent est dépensé en pure perte. Echec  sanitaire puisque le shit qui circule est un produit dont la qualité n’est pas avérée. Depuis les années 1990, la résine (shit) en provenance du Maroc est systématiquement coupée avec des médicaments, du henné, de l’huile de vidange, de la paraffine, du plastique, des métaux lourds… et l’herbe (beu) est mélangée avec du verre pilé, du talc, du fard à paupières, de la laque… L’échec est enfin social. Il y a une mauvaise éducation au sein des familles sur la dangerosité réelle de la plante et une méconnaissance de ses bienfaits médicinaux pour différents maux (anxiété, douleurs musculaires ou osseuses, troubles du sommeil…).

Nous sommes favorables à une régulation de la consommation et de la production de cannabis de manière nationale au sein d’un contrôle et monopole de l’Etat ; les associations bénéficieraient d’un statut associatif 1901 à but non lucratif pour contrôler au maximum les fraudes et les fraudeurs. Nous sommes pour une limitation en nombre de membres pour les CSC – 20 membres nous paraît être un maximum acceptable et pour que le travail mis en avant par chaque club soit bénéfique en terme de sécurité publique, d’éducation des risques et d’information concrète quant aux effets secondaires de cette plante mais qui peuvent être gérés si la consommation est responsable. Bien sur il y a une interdiction stricte aux mineurs de constituer ou d’adhérer à un CSC mais celui ci peut prendre contact avec ces parents pour tous renseignements concernant l’usage de cette plante médicinale.

 

Breizhjournal : est-ce que la Préfecture a engagé contre vous une action judiciaire comme elle en avait l’intention ?

CSC Naoned : Nous avons pu constater au Journal Officiel notre inscription à la date du 6/4/2013. L’association des cannabis social club français a été assignée en justice pour être dissoute, nous sommes donc suspendus à une décision judiciaire à ce sujet.

 

Breizhjournal : Une vingtaine de CSC se sont officialisés, dont plusieurs en Bretagne u ailleurs dans l’Ouest de la France. Etes-vous en contact avec d’autres CSC proches ?

CSC Naoned : nous sommes en contact avec des citoyens qui souhaitent constituer des CSC ou des CSC déjà constitués dans tout l’ouest de la France et ailleurs en Europe. Beaucoup de personnes veulent sortir de l’actuel circuit d’alimentation par l’intermédiaire des réseaux mafieux (racket, vol, violence, produit de plus en plus coupé) et aussi ne souhaitent plus se faire embarquer dans l’escalade de la dépendance. Les dealers voient le shit comme un produit d’appel et leur proposent des drogues de synthèse qui viennent de Chine ou non, de la cocaïne, de l’héroïne, du crack, des amphétamines alors qu’ils ne viennent chercher que du cannabis. Bref, il y a une réelle demande sociale et le nombre de CSC en cours de constitution augmente chaque jour.

 

Breizhjournal : Combien de personnes réunissez vous (à peu près) et quels sont vos objectifs?

 CSC Naoned : Notre objectif est de nous faire entendre auprès du gouvernement et d’obtenir la modification de la loi de 1970 afin qu’elle intègre les usages récréatifs, responsables et surtout thérapeutiques du cannabis. D’importantes études ont été réalisées sur la possibilité de soigner le cancer par le cannabis, et nous ne pouvons pas y avoir accès en France du fait de l’illégalité et de la très mauvaise image du cannabis. Nous nous battons pour que les malades aient à leur disposition l’intégralité de l’éventail thérapeutique qu’ils peuvent espérer avoir. Ne sommes-nous pas résidents du pays des droits de l’Homme ? Que l’Etat nous le prouve alors avec une réponse adaptée.

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